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 Un petit hameau dans la région de Moulins

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MessageSujet: Un petit hameau dans la région de Moulins   Jeu 31 Juil - 16:21

Il avançait, déterminé. L’après-midi touchait à sa fin. Un petit hameau était en vue. Vêtu d’une cape et d’un capuchon, il s’avança au milieu des maisonnettes. Il n’y avait pas beaucoup d’activités, comme dans toute la région. La chaleur étouffante de l’après-midi en était sans doute la cause, ainsi que le traditionnel ralentissement estival. Mais il n’avait besoin que d’une chose. Reconnaître les lieux. Il fit le tour du hameau, à la recherche d’un détail qui lui montrerait qu’il était au bon endroit. Et il la trouva enfin. C’était cette maison. Il était au bon endroit. Cela faisait plusieurs jours qu’il menait des recherches pour retrouver ce hameau. Il n’avait que très peu d’informations, mais il n’y avait que cette maison qui correspondait aux quelques détails qu’il avait réussi à obtenir.

Ne restait plus qu’à interroger quelques personnes, et il pourrait commencer. Il ne savait pas vraiment au juste pourquoi il faisait ça. Il luttait encore pour réfréner ses pulsions premières. La raison se mêlait à la colère et la seule décision qu’il avait pu prendre était celle-ci. Trouver le hameau. Et les trouver.
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MessageSujet: Re: Un petit hameau dans la région de Moulins   Dim 3 Aoû - 0:30

Plusieurs jours de recherche. Plusieurs heures passées en taverne, ou à se promener dans les ruelles du hameau. Rencontrer des gens, sympathiser. Obtenir, au fil d’une conversation, des informations. Il faisait nuit noire. Il venait de quitter une taverne de Moulins, où il avait rencontré l’un des hommes qu’il recherchait. Assis sur une colline, il observait les étoiles pâles et lointaines.

De ce qu’il avait découvert, onze d’entre eux étaient encore en vie. Neuf habitaient le hameau ou ses environs. Deux avaient quitté la région. Sur les neuf, il en avait déjà approché quatre. Trois d’entre eux étaient des piliers de taverne, le visage ravagé par l’alcool. Le quatrième, plus jeune, celui qu’il venait de rencontrer en taverne, lui avait paru sympathique.

Cette pensée tiraillait son esprit. Il s’était dit qu’en rencontrant certains d’entre eux, son jugement pourrait pencher d’un côté ou de l’autre. Mais c’était oublier un peu vite que les choses ne sont pas si simples. Aucun n’était le mal incarné. Et aucun n’était un ange non plus. Et lui, qui était-il pour les juger ? Un homme parmi d’autres, avec sa part d’ombre. Plus que sa part d’ombre…
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MessageSujet: Re: Un petit hameau dans la région de Moulins   Ven 8 Aoû - 18:38

Nuit noire. Il avait quitté le dernier une demi heure auparavant. Il les avait tous rencontré, et voguait toujours dans les eaux troubles de sa conscience. Les tuer tous n’avait aucun sens. Tuer n’avait jamais rien résolu. Cela assouvirait à peine cette vieille pulsion qui ne cessait de renaître au fond de lui. Et pourtant, quel bien cela lui procurerait. Voir la vie quitter les yeux d’un homme qu’on hait viscéralement, voir en lui la profonde et ténébreuse terreur de la mort, et se savoir le seul responsable de cette mort.

Un son. A peine un bruit étouffé, mais qui était très légèrement disharmonieux dans la douce musique de la nuit. Derrière lui, les dernières lueurs du hameau venaient de s’éteindre. L’homme bondit soudain sur lui, arrivant de derrière. Il pivota brutalement, vit l’éclair argenté de la lame d’un couteau. Un vulgaire couteau de boucher. Il bloqua le bras armé de l’homme, lui enfonça profondément son coude dans l’abdomen, raffermit son emprise de ses deux mains sur le bras qui tenait le couteau et envoya l’agresseur bouler un peu plus loin sur le chemin.

C’était le grand échalas qu’il avait rencontré le troisième soir. Elancé et maigre, une tignasse grise qui retombait en mèche filasse sur ses épaules. Et malgré sa maigreur, des muscles secs et nerveux.

« Qu’est-ce qui te prend, l’ami ? »

« T’gueule… J’sas pourquoi qu’tu m’as accosté, l’aut soir. M’a mis la puce à l’oreille quand j’t’a vu discuté avec Ti Jules, l’aut’ soir. M’suis renseigné. J’sas pourquoi qu’tu nous enquêtes. J’sas, et j’vas t’buter. »

Quelques minutes pour avaler ces quelques mots. Crétin… tu croyais vraiment pouvoir enquêter sur ces types sans éveiller de soupçon ?

« Je n’ai aucune envie de me battre contre toi. » L’homme était un ivrogne bien connu. Qui battait sa femme et ses deux fils. Et il était aussi soupçonné d’avoir suriné deux ou trois gars qui lui avaient plus ou moins cherché des crosses.

« M’bat ? J’va pas m’bat, j’va t’faire pisser ton sang par l’cul ! T’apprendras à êt’ curieux. »

Sur ces mots, il fonça. Nouvelle pirouette pour éviter la charge, coup de pied dans le mollet, et voilà le grand échalas qui roule à nouveau dans la poussière du chemin. Il se releva aussitôt et repartit à l’attaque. Aussi bourré qu’acharné…

Il para le couteau pour le troisième fois, attrapa le bras de son agresseur, lui planta le coude dans l’avant bras, raffermit sa prise sur son poignet et pivota brutalement son propre bras. Craquement sinistre et hurlement à déchirer le voile noir de la nuit.

Le grand échalas se tordait de douleur au sol, en vociférant des insultes.

« Prends ça pour un avertissement. Ne me donne pas d’autre raison de te tuer, je ne pourrais plus résister, cette fois. »

Il reprit son chemin. L’aube naissait à l’horizon.
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MessageSujet: Re: Un petit hameau dans la région de Moulins   Dim 17 Aoû - 16:43

Nuit noire. Cela faisait trois bonnes heures à présent. Assis sur un léger affleurement rocheux, il observait la maisonnette. Aussi immobile qu’il pouvait l’être. Il se souvenait d’une époque lointaine, de leçons prises, de contrôle de soi, de chaque parcelle de son corps. Ses yeux étaient posés sur une petite fenêtre, la seule d’où émanait la lueur d’une bougie. La silhouette était là, elle revenait régulièrement, voir si l’ombre au dehors le regardait toujours.

L’ombre, c’était lui. C’était la deuxième nuit. Le lendemain, il irait voir une autre maison. Il changerait toutes les deux nuits. Il irait tous les voir. Le mot passerait, il était déjà passé. La silhouette disparut. L’homme reviendrait. Il ne pourrait pas dormir. Il ressentirait l’impérieux besoin de venir vérifier si l’ombre était toujours là.

Et l’ombre serait là. Il reviendrait, régulièrement, changerait son rythme pour les surprendre, pour qu’aucun d’eux ne puissent savoir quand il serait là et quand il ne le serait pas. Parce que l’ignorance entraîne la peur. Et il voulait les voir crever de trouille, ne pas pouvoir dormir à cause de la terreur. Il avait trouvé cette solution certes bancale, précaire et tout sauf définitive, aux errances sans fin de son esprit. Pour le moment, aller terrifier les neuf restants lui permettait de mettre fin à son sentiment d’impuissance, sans pour autant laisser libre cours à ses pulsions meurtrières.

L’idée lui était venue après avoir brisé le bras du grand échalas, trois nuits auparavant. Quand il avait lu la peur dans ses yeux. Ils étaient tous au courant désormais. Ils savaient qui il était, pourquoi il était là. Et aucun d’eux ne pourraient plus jamais fermer un œil, dormir sereinement, tant que l’ombre pèserait sur leurs nuits.

Une heure passa, et enfin il se leva. A l’horizon, l’aube naissait, et il reprit la route.
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MessageSujet: Re: Un petit hameau dans la région de Moulins   Mer 20 Aoû - 16:18

Nuit noire. Au loin, le hameau brillait encore de quelques lumières éparses. Il n’avait pas encore choisi devant quelle masure il se posterait. Il n’avait pas encore choisi quelle victime il irait hanter. Mais il savait dors et déjà qu’aucun d’eux ne pourrait dormir tranquillement. Ils ne le pouvaient plus depuis quelques nuits, depuis qu’il avait commencé ses errances nocturnes.

Le chemin qu’il avait pris tournait un peu plus loin. Un bosquet d’arbre masquait la suite de la route. Pas très loin sur la droite débutait la forêt. Il ralentit son pas, observant le chemin et le bosquet. Le lieu idéal pour une embuscade. Il ne savait pas ce qui le poussait à se méfier, mais il avait depuis bien longtemps appris à se fier à son intuition. Peut-être la nuit était-elle un peu trop silencieuse. Peut-être que le très léger frémissement des branches du bosquet ne lui paraissait pas assez naturel. Peut-être que la sensation d’être observé révélait réellement qu’il y avait quelqu’un dans son dos.

« Comment va, l’ami ? »

La silhouette qui sortit du bosquet était aisément reconnaissable. Trapue, large d’épaule mais étrangement voûtée, comme si le temps qui s’était abattu sur l’homme était bien trop lourd à porter. C’était le deuxième qu’il avait rencontré. Le chef.


« Je vais. »

Le chef l’observa, silencieusement. Deux autres hommes vinrent le flanquer. Le grand échalas, bras en écharpe, qui tenait un couteau. Le deuxième, il l’avait rencontré lors de sa troisième soirée en taverne. Il tenait à peine debout. Il avait du boire plus que d’habitude pour se donner du courage. Tuer un homme n’est jamais facile, même à cinq contre un. Le second la tête patibulaire et l’air d’une brute épaisse.

Derrière lui, la sensation qu’on l’observait se changea en un raclement sur la terre du chemin. Deux hommes de plus, s’il pouvait se fier à son oreille. Il posa instinctivement la main sur son épée, que son ample cape cachait.

« Tu sais, par ici, on aime pas que quelqu’un remue les vieilles histoires. »

« Alors ? Vous comptez faire quoi ? »

Second raclement sur le sol. Il se retourna vivement. Un des deux hommes s’était jeté sur lui, armé d’une fourche. Il pivota sur lui-même, l’homme le manqua de peu, et il lui asséna un coup sur le coté du visage, qui l’envoya bouler sur le sol.

« Ecoutez… Je n’ai pas l’intention de vous tuer. »

« C’est étrange. Nous sommes cinq et toi, tu es seul. Je crois que celui qui va se faire tuer, c’est plutôt toi. »

« On va t’crever, sale chien. T’vas couiner comme un rat qu’on égorge. Pis après on ira ch’toi, pis on va s’occuper d’tes… » beugla l’homme resté derrière lui. Il le connaissait aussi. Visage patibulaire et carrure d’une brute épaisse.

« Tais-toi… »

« Oh ! T’fais l’bravache… L’chef l’a dit qu’on ‘tait cinq, t’rappelles ? »

Sur ces mots, il fonça, accompagné des deux autres, le grand échalas et l’éméché. Cette fois-ci, il sortit son épée. Il courut vers les deux qui lui faisaient face, tailladant l’échalas au niveau des côtes. Il se jeta sur le côté, pivota et enfonça sa lame dans le thorax de la brute épausse, qui arrivait derrière. Le troisième, surpris de la manœuvre, était aussi celui le plus éméché, donc le moins dangereux. Il recula de quelques pas, les yeux pleins de terreur, fixés sur la lame.

Il se tourna et s’adressa au chef de la petite bande.

« Je ne veux pas vous tuer. Tu as déjà deux amis très mal en point. Tu peux encore les sauver si tu les emmènes au dispensaire dans l’instant. »

« Ne joue pas les grands cœurs. Nous sommes encore trois, et je sais très bien ce que toi tu nous voulais. Tu nous as interrogé sur le vieux pochtron, qu’est mort et enterré depuis un bail. Et quand on a su qui t’étais, avec qui t’étais, on a vite fait le lien. Me dis pas qu’tu voulais nous conter fleurette. »

« Ecoute… l’ami. C’est vrai, je sais ce que tu as fait. Et je sais que ce n’était ni la première, ni la dernière fois. Je sais que tu as trois filles, et que tu les as toutes violées. Que tu les violes encore. L’envie de te tuer n’a jamais été aussi forte en moi qu’en cet instant. Je te laisse une dernière chance de filer. »

« Tuons le. »

Les trois hommes, le chef, l’éméché et celui qui avait pris un coup et qui s’était relevé, se précipitèrent sur lui, armes au poing. Une fourche et deux couteaux. Il évita la fourche, senti l’un des couteaux se prendre dans le tissu de sa cape. Il se projeta volontairement au sol, emportant le propriétaire du couteau, le plus éméché, avec lui. Il en profita pour taillader la jambe du chef, le second porteur de couteau, qui hurla avant de choir au sol.

Il se releva bien plus rapidement que l’homme qui s’était pris dans sa cape, fonça sur l’homme à la fourche, évita les trois pointes de l’arme de fortune, et lui porta un coup à l’épaule. Dans le même mouvement, il pivota et frappa l’homme au couteau, à peine relevé, au niveau de la cuisse.

Il fit quelques pas en arrière. Des cinq hommes à terre, trois se relevaient. Le chef, boitillant péniblement, une main posée sur sa jambe ensanglantée. Le grand échalas, dont le bras n’était plus en écharpe mais servait à éponger le sang qui perlait de sa blessure aux côtes. Et l’homme à la fourche, qui tenait désormais son arme de la main gauche.


« Fumier… Tu ne vas pas t’en sortir comme ça. Et quand tu seras mort, j’irai m’occuper des tiens. Je sais y faire, et tu le sais, tu l’as dit toi-même tout à l’heure… » Le chef.

Les autres rient. Rires gras. Insupportables.


« Ouais. Vont crier comme des chiennes, t’sais. T’sras mort, mais z’auront pus b’soin d’toi. Z’auront des hommes, des vrais. » Le grand échalas.

Main qui se serre davantage sur la garde de l’épée. Mâchoire qui se crispe. Sourire mauvais de l’autre homme, fier d’avoir suscité cette réaction. Tant pis pour lui. Tant pis pour eux.

Il ôta sa cape. Fit jouer ses épaules. Se mit en garde. Ses trois adversaires foncèrent. Il dévia la fourche d’un coup de pied, planta son épée dans la gorge du chef, pivota sur lui-même, alla buter contre le torse de l’échalas, bloqua le bras tenant le couteau de sa main libre, tira sur son épée, enroula son bras autour de lui-même et planta violemment la pointe dans le flanc de l’homme.

Il se dégagea, se baissa pour éviter un coup de l’homme à la fourche. Il ne restait plus que lui. Non, l’autre qu’il avait blessé à la jambe, l’éméché, était venu prêter main forte à son camarade. Il bloqua de son épée un coup de fourche, tourna sur lui-même pour se retrouver entre l’homme et son arme, projeta violemment sa tête contre le visage de l’homme et dans le même mouvement, envoya son coude frapper son deuxième adversaire dans l’abdomen. L’homme à la fourche reprit ses esprits, mais pas assez pour contrer son attaque. Il paniqua, para maladroitement, et reçut l’épée en plein thorax.

Il souffla. Il n’avait pas vraiment perdu la main. Il se dirigea vers le chef. Un flot de sang noir se déversait de sa gorge, étouffant dans un gargouillis sans nom toutes ses tentatives de hurlement. Ses yeux en revanche pouvaient parler. Ils disaient l’horreur, l’incompréhension, la supplication et la trouille. La trouille abjecte de la mort qui arrive, lentement mais sûrement.


« Au moins tes filles seront en paix, désormais. »

Il se dirigea vers l’homme à la fourche qui, malgré la plaie nette juste entre le thorax et l’abdomen, là où la pointe entre comme dans du beurre, continuer à vouloir croire à la vie. Il se traînait vers le bosquet, y cherchant sans doute une protection dérisoire. La pointe de l’épée entra à la base de la nuque et traversa la gorge.

Il passa devant le plus éméché, celui qui venait de prendre un coup de coude dans le ventre, et qui le regardait, les yeux exorbités par la terreur. Il fit mine de ne pas le voir et se dirigea vers celui qu’il avait mis hors d’état de nuire en premier, la brute épaisse. Il agonisait, une dernière lueur de vie faisant briller ses yeux. Le temps de savoir s’il devait abréger ses souffrances, l’homme était mort. Restait l’échalas, qui se tenait le flanc, là où l’épée l’avait frappée, et continuait d’émettre de vagues injures. Il avança vers lui, pointa son épée sur son abdomen et, par un ample mouvement, lui ouvrit le ventre. Il s’agenouilla de manière à approcher au plus près son visage de celui de l’homme.

« Je reviendrai dans quelques minutes, pour terminer le travail. Profite bien. Peu d’hommes ont l’occasion de voir leurs tripes de si près. Il parait que c’est là que se loge le courage… Je t’offre une dernière chance d’apprendre ce que c’est, en quelque sorte. »

Puis il se releva et retourna auprès de l’éméché. Il n’avait qu’une blessure à la cuisse et la terreur avait définitivement envahi son regard.

« Les autres n’avaient plus aucune chance, j’ai abrégé leurs souffrances. Toi je ne vais pas te tuer. Et pourtant, une partie de moi aimerait beaucoup te faire subir le même sort que tes camarades. » Il s’agenouilla, pour se trouver à la hauteur du visage apeuré de l’homme. « Mais finalement, tu vas vivre. Pour le moment. Parce que quand l’envie me prendra de venir te tuer, je viendrais te trouver. Et tu as vu ce soir que rien ne m’en empêcherait. »

Les mots qu’il avait prononcés avaient uniquement pour but de lui flanquer la trouille jusqu’à la fin de ses jours. Avec ce qu’il avait vu ce soir, il ne dormirait plus jamais tranquille. Une bonne manière de payer pour ce qu’il avait fait. Bien meilleure que les quatre autres, qui allaient bientôt nourrir les vers. Il se leva et alla achever l’échalas, qui agonisait en tentant vainement d’empêcher ses boyaux de quitter la plaie béante qui lui tenait lieu de ventre. Il n’avait pas voulu ça. Du moins, pas volontairement. Demain, la maréchaussée découvrirait quatre cadavres d’ivrognes étendus sur le chemin. Il leur avait laissé le choix, ils s’étaient précipités vers la mort, aveuglés par leur stupidité et leur arrogance.

Il jeta un dernier coup d’œil sur l’horizon. L’aube n’était pas encore levée, mais pour ce soir, il était bien trop fatigué. Et las, très las.
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MessageSujet: Re: Un petit hameau dans la région de Moulins   Jeu 21 Aoû - 13:58

Nuit noire. Il errait, sans vraiment savoir pourquoi. Quatre d’entre eux étaient morts. Le cinquième, à qui il avait laissé la vie sauve, avait fui sans laisser de trace le lendemain. Il en restait donc quatre, qui crevaient de trouille, terrés chez eux. Enfin, trois, plus exactement. Le plus vieux continuait de vivre sa vie bien tranquillement. Il allait en taverne le soir, ne rentrait pas avant le coucher du soleil, ne regardait pas par sa fenêtre chaque nuit pour vérifier si l’ombre était toujours là. La mort de quatre de ses camarades la veille ne semblait pas le soucier outre mesure.

Il s’était arrêté sans s’en rendre compte. Au coin d’une ruelle sombre qu’il reconnut très vite. C’était par là qu’il passait pour rentrer chez lui, après une soirée en taverne. Sans qu’il le veuille vraiment, il était venu se confronter au dernier. Au seul qui n’était ni mort, ni dévoré par la terreur. Il l’entendit arriver, et bientôt discerna sa silhouette. Barbe et moustaches grises, visage raviné, yeux bleus néanmoins toujours perçants, nez rouge, voire violacé par endroit. L’homme s’arrêta, au milieu de la ruelle.

« Tu sais que ça ne t’apportera pas grand-chose… »

Surprise. Il sortit de la ruelle, lui fit face. « Vous saviez que j’étais là ? »

« Ca fait un moment que je me doute que tu es là. T’es son régulier, je suppose. Tu viens pour la venger. »

« En effet. »

« Bah, je suis plus qu’une vieille épave. J’ai plus grand-chose à espérer de la vie. Mais toi tu devras vivre avec ça. »

« Je vis avec bien pire. Mais je n’ai pas voulu tuer vos quatre… camarades. Ils se sont précipités vers leur mort. »

« Mais tu tenais l’épée, non ? »

Il déglutit.

« Oui… »

« Drôle de manière de laver sa conscience. »

« Je ne lave pas ma conscience. La mort et le sang me rattrapent où que j’aille. Mais peut-être que tu as raison. Peut-être que c’est moi qui les attire et que je me cache la vérité. »

« La mort… Tu es encore jeune. Crois-moi, même si tu as vécu les choses les plus terribles, tu ne sais encore rien de la mort. »

« J’en sais suffisamment pour n’avoir plus aucune envie de la côtoyer. Mais vous… pourquoi dites-vous ça ? De ce que je sais, vous n’avez jamais été soldat. Et vous avez toujours vécu par ici. »

« Je suis vieux, tout simplement. Et malade. »

Un silence. Lourd et pesant. Ils s’observèrent un instant. Le vieil homme rompit soudain le silence nocturne.

« Il y a plusieurs mois maintenant que je suis malade. Les guérisseurs disent qu’il n’y a rien à faire. Je suis vieux, et c’est tout. Mon père est mort comme ça. Trop vieux, bouffé de l’intérieur par un mal contre lequel il n’y a aucun remède. Je l’ai vu crever à petit feu, jour après jour, pendant presque deux années. A la fin, son esprit l’avait quitté. Il n’était plus qu’un corps rabougri et décharné, sans conscience. »

Nouveau silence. Un chat noir détala à travers la ruelle, sans doute à la poursuite d’un gibier minuscule et invisible. Le vieil homme cracha.

« Je sais même pas pourquoi je te dis ça. Finissons-en. »

« Je ne suis pas venu vous tuer. J’en ai fini avec mes fantômes. J’ai tué ma part d’ombre. »

La nuit reprit ses droits, pendant quelques minutes encore.

« Tu sais, ta garce, elle criait bien… » Poing qui se crispe. « Tu peux me prendre pour un salaud, mais je ne l’étais pas tant que ça, parce qu’elle aimait ce qu’on lui faisait. Comme toutes les femmes. »

Il posa sa main sur la garde de son épée, et la sortit jusqu’à mi lame de son fourreau, avant de parvenir à détendre ses muscles.

« Je ne vous tuerai pas. »

« Mais tu as tué les autres… »

Il observa le vieil homme un long moment. Il soutint son regard, avant de baisser les yeux. Il voulait mourir.


« Vous voulez que je mette fin à vos souffrances. Vous n’avez pas peur de moi parce que vous craignez encore plus de finir vos jours diminué. Vous ne voulez pas vous voir mourir petit à petit, jour après jour… »

Le vieil homme ne dit pas un mot.

« Je ne vais pas vous tuer. Je n’en ai aucune intention, et rien de ce que vous pourrez dire ne me fera changer d’avis. Non, vous allez vivre. De longs jours à attendre la mort. A vous voir décrépir, comme un vieux fruit pourrissant. Et peut-être qu’à la dernière seconde, vous aurez compris. »

Le vieil homme s’était mis à trembler.

« Compris quoi ? »

« Compris que la souffrance que vous lui avez infligée, elle la portera en elle toute sa vie durant. Comme vous portez ce mal qui vous ronge. »

Ils échangèrent un long regard. L’épée était rentrée dans son fourreau. Il se sentait totalement détendu.

« Alors tu as vraiment fait tout ça pour elle… Pour la fille du marin… »

« Oui. Et je ne vous tuerai pas pour elle aussi. Parce que j’en ai assez du sang et des mensonges. Je veux juste vivre avec elle, être heureux dans ses bras. Je croyais que je ne le pourrais pas tant que vous seriez en vie. Mais j’avais tort. Quatre d’entre vous sont morts, mais la seule vraie récompense que j’ai obtenue, c’est que ceux d’entre vous qui sont encore en vie ne pourront plus jamais vivre sereinement. Vous allez vivre dans la peur, parce que vous avez enfin pris conscience que ce que vous avez fait avait des conséquences. Qu'un homme pouvait venir un jour pour la venger. C’est ma seule victoire. Ce soir, j’ai vaincu mes fantômes. »

Le vieil homme tremblait toujours. Il observa son visage buriné, ses yeux qui masquaient mal à présent la peur abjecte de la mort lente et inéluctable qui l’attendait. Puis il se détourna, et reprit le chemin menant jusque chez lui. Au loin, l’aube naissait. L’aube naissait, et les ombres de la nuit disparaissaient.
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cristras

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MessageSujet: Re: Un petit hameau dans la région de Moulins   Ven 20 Aoû - 11:26

Cris arriva au petit hameau qui surplombait Moulins et s'assit à meme le sol, en tailleur comme elle aimait, pour regarder le paysage qui s'ouvrait a ses yeux.

La tribunette posa son menton sur ses genoux et poussa un petit soupire. Elle se sentait seule et fatiguée. La jeune femme ne savait comment combler son vide. Que lui manquait-il? Elle avait tout ce dont on avait besoin. Un travail qui l'occupait le plus claire de son temps, des amis, une maison qui commençait à ressembler a un foyer.

Foyer? d'une seule personne? Cris secoua la tête, non, elle ne se laisserait pas démoraliser. Elle devait être forte. La solitude, elle devrait être habituée pourtant, mais le fardeau lui pesait sur les épaules.

Pour se redonner un peu de courage, la tribunette se fourra un sucre d'orge dans la bouche, et le fit fondre sur le bout de sa langue, en regardant les maisons du village, s'imaginant la vie de famille qui se déroulait sous les toits, et c'est ainsi comme peu à peu, la jeune femme retrouva le courage de retourner à son travail, avec un grand sourire, un sourire qui cachait une profonde tristesse.

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